Le nom de Kobane

Aujourd’hui, cela fait 60 jours que Kobane subit le siège des djihadistes de l’organisation Etat islamique. Les combattants kurdes tiennent toujours et même, progressent (http://www.rfi.fr/moyen-orient/20141113-syrie-forces-kurdes-engrangent-succes-kobane-etat-islamique/), alors qu’on annonçait sa chute imminente.

La ville est apparue sur la carte médiatique du conflit syrien en septembre. Je n’avais jamais entendu ce nom avant cet été. Quand je vivais en Syrie, en 2006-2007, j’avais repéré sur une carte, sans y aller, une ville, Ayn el-Arab, comme point de passage possible pour aller en Turquie. Rien n’indiquait nulle part qu’elle s’appelait Kobane.

Au mois d’août, je passe dans le Kurdistan syrien. On se retrouve dans une ville, Malikiyah, renommée « Derik ». Le PYD, le parti au pouvoir dans cette province, nous fait un point sur la situation et nous parle des trois cantons (en français dans le texte) du « Rojava » (« Le couchant », le nom kurde du Kurdistan syrien) :

– Djezireh : là où nous étions, belle et grande plaine, vert tendre au printemps, blond poussière en été,
– Afrin : tout à l’ouest de la Syrie, nord-ouest d’Alep
– Kobane, enfin.

La Djezireh, je connaissais. J’y avais voyagé en 2007 et c’était le même nom en Arabe. Les autres, non. Je n’ai pas eu vraiment le temps de creuser. Nous sommes partis pour les monts Sinjar – Shengal, en kurde –, protégé par les combattants du PKK, assiégé par les djihadistes.

Kobane, Rojava, Shengal, Derik. Depuis la prise de Mossoul, le 11 juin dernier, les noms kurdes reviennent sans cesse dans les médias. Pareil sur le plan local : les Kurdes syriens rebaptisent, renomment, réforment. Les rues, les places, les écoles prennent un nom kurde – « Azadi », liberté, par exemple, ou le patronyme d’un martyr. Dans la Djezireh, cet été, ils changent les panneaux routiers ainsi que les plaques minéralogiques, les nouvelles étant écrites en kurde. Dans les écoles, la langue kurde prend plus de place dans l’enseignement – sans qu’il ne remplace complètement l’arabe, semble-t-il, étant donné que le régime syrien paie encore les profs, jusqu’à nouvel ordre. Ce chevauchement des autorités est parfois un casse-tête pour les habitants, comme cet article l’explique bien (http://syrie.blog.lemonde.fr/2014/10/14/lautonomie-kurde-en-syrie-feu-de-paille-ou-fait-accompli/).

Les médias reprennent ces mots et ces noms, sans compter les innombrables acronymes kurdes (indice : s’il y a un ‘K’ dedans, c’est probablement kurde – mais pas toujours, évidemment) : PKK, PDK, UPK, PYD, YPG, YPJ, KRG, etc. Les principales figures, je pense, commencent à être connues : Abdullah Ocalan, le leader du PKK, en premier lieu. Mais aussi le clan Barzani, les maîtres du Kurdistan irakien, qui envoient leurs « peshmergas » au secours des « milices du PYD » à Kobane.

De plus en plus, les noms kurdes s’installent dans le paysage médiatique. Le simple fait de le nommer fait exister un vague « Kurdistan » – qu’il soit turc, syrien ou irakien. L’indépendance est encore lointaine, mais les mots sont déjà là.