Lost Referents of Some Attraction

J’étais réticent, au début. Une exposition d’art contemporain avec, sur les murs, des textes difficiles à lire, au sol, des volumes blancs, et des télés avec des vidéos énigmatiques dedans. L’espace, la Sharjah Art Gallery, me semblait confus, illisible. Une rotonde, un escalier, des couloirs, dans l’Université Américaine du Caire, un délire architectural magnifique et mégalo, compound parmi les compounds dans la périphérie de la ville.

Antonia Alampi m’a invité à regarder de plus près, à lire attentivement les textes. C’est elle qui m’avait conseillé de venir voir l’exposition de Malak Helmy, une artiste égyptienne. C’est elle la curatrice. Quelques jours avant, elle m’avait dit que ce n’était pas facile, que l’espace était biscornu, que l’œuvre elle-même pouvait être hermétique. Ça m’a intrigué. Antonia est l’une des cofondatrices d’un superbe espace d’art contemporain, Beirut in Cairo, dans un quartier plutôt populaire du Caire – et ce n’est que l’un des multiples projets auxquels elle participe. J’ai tendance à lui faire confiance.

Elle avait raison. J’ai repris l’expo au début. J’ai lu les textes, un à un. L’ambiance sonore est venue m’imprégner, naturellement. Les vidéos apportaient un contrepoint parfait. Et j’ai été emmené une heure durant dans une errance, douce et flippante, entre mer et soleil, sable et béton. Malak Helmy traduisait la vie dans les compounds du désert, ces utopies qui pourraient aussi bien être au Qatar dans les années 80 – là où l’artiste a grandi – que sur Mars le siècle prochain. Des cités idéales, des décors de théâtre, construits, littéralement, sur du sable. Fragiles comme une preuve de vie.

Je me suis souvent retrouvé dans ces espaces, en Egypte ou au Moyen-Orient – mais j’avais du mal à les comprendre, à les lire. Je me demandais ce que ça faisait d’y grandir, d’être façonné par ces utopies. Je me demandais quelles créations, quels imaginaires cela pouvait engendrer. J’en ai eu un aperçu dans cette exposition. Les textes exprimaient quelque chose de nostalgique et d’incertain, les vidéos, des éclats lumineux, les sons, des échos lointains. Dans une pièce, à terre, des tas de centaines de feuillets tremblaient sous le souffle d’un ventilateur. Sur chaque tas, une lourde pierre empêchait les feuillets de se disperser. Une superbe image. Les écrits peuvent s’envoler – seule la pierre les retient.

Je suis rentré chez moi, un nouveau monde en tête. Je suis curieux de voir ce qu’il produira.

(Je paie une chicha à celui qui me fera une bonne traduction en français du titre de l’expo)

Détails sur l’expo ici

3 réflexions au sujet de « Lost Referents of Some Attraction »

  1. Ah non, tu veux dire une traduction du titre en anglais ? Je chercherais autour des deux mots : « Errance » et « attirance ». Peut-être tout simplement : « Errance de l’attirance ». Ou « Errance d’une attirance sans préférence ». Mais c’est très hermétique et un peu lourdingue. Bref, je crois que, pour la chicha, je repasserai…

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