Ce que disent les Egyptiens #1

Début d’une nouvelle rubrique – une enquête sur les mots arabes.

Episode 1.

Thawra. Révolution, en arabe. Il a été servi à toutes les sauces, celui-là. A propos de servir, je me remets un petit Aberlour. Ça éclaircit les idées. J’en ai besoin ; elles sont bien sombres.
Je ne sais pas pourquoi je me suis lancé dans cette enquête. On ne m’avait rien demandé. C’est par curiosité. Je sais, ça me perdra. L’idée m’est venue un soir, alors que je prenais un verre de vin sur le petit balcon tranquille du quartier de Doqqi. Je n’aime pas Doqqi – mais j’étais chez Marianne. La plus ébouriffante des Egypto-Canadiennes du Caire. Un caractère trempé dans l’acier. Une endurance à la nuit travaillée jusqu’aux recoins des petits matins.
Mais c’était calme, ce soir-là ; je ne comptais pas m’éterniser. Je ronronnais tranquillement devant mon verre d’Omar Khayyam, vin aussi lourd qu’un été cairote, aussi rouge que le sang sur les trottoirs, les jours de Aïd el-Kebir – la fête du sacrifice.
On était une demi-douzaine, sur ce balcon, parmi les plantes de Marianne, à parler de choses et d’autres et surtout de politique. L’automne était doux. Mohamed Morsi ne s’était pas encore emparé des pleins pouvoirs. C’était l’époque où on ne savait pas encore très bien. Amir, bouc précis et tête rasée, mettait toute sa conviction de copte pour nous convaincre que les Frères Mus voulaient faire de l’Egypte un nouvel Iran, une République islamique.
–    Allons, disais-je. Encore faudrait-il qu’ils en aient les moyens. Les Iraniens ont du pétrole. Ils peuvent se permettre de dire merde au monde entier. Mais l’Egypte a besoin des investisseurs étrangers.
–    Ils s’en foutent. Ils sont prêts à tout pour se maintenir au pouvoir. Tu verras.
Amir semblait fulminer – Amir fulminait beaucoup contre les Frères Mus. Contre les islamistes en général. Mais tout ça paraissait si loin, au creux de ce balcon si calme de Doqqi, abrité derrière mon lourd Omar Khayyam !
On a réussi à changer de conversation. Un miracle. Personne n’avait parlé de politique pendant trente ans – ou presque. Mais depuis la chute du vieil Hosni, on ne faisait que ça, à tous les cafés. Aux coins de rue. Aux dîners de famille. Aux apéros entre amis, évidemment. C’était difficile d’y échapper. Mais une conscience se formait, là, à toute vitesse. J’adorais ça. Je ne fais pas que m’embrumer dans les vapeurs d’alcool. J’ois, j’auditionne, je capte.
Et ça n’empêchait pas, en l’occurrence, que mon regard s’égarât sur les jambes de ma voisine, qu’on eût dit taillées dans la plus pure syénite. Chance et félicité, les fuseaux de granit bougeaient. Ils étaient bien vivants.
Moi aussi, pensais-je.
Amir parlait de l’origine du mot « pain », en dialecte égyptien. 3aish. Oui, il y a un 3 dans le mot. C’est l’arabizi. Certains sons arabes n’ont pas leur équivalent dans l’alphabet latin. Les arabisants ont inventé tout un système de transcription hypersophistiqué – sur lequel ils ne sont toujours pas vraiment tombés d’accord. Querelles de minarets, si vous voulez mon avis.
Mais un beau jour, il y eut les claviers. Les textos. Au début, il n’y avait pas de clavier arabe sur les portables. Alors les Arabes ont inventé l’arabizi. Ou comment transcrire, avec les moyens du bord, leurs sons. Par exemple, 3, c’est la gutturale Ayn – « ع », pour les versés dans l’oriental. Les plus finauds auront remarqué qu’un miroir imaginaire sépare ع et 3. Pour prononcer 3aish, il faut faire vibrer, du fond de la gorge, le début du mot. Quelque chose comme « Aaaish ».
3aish. Je crois que dans le monde arabe entier, on utilise le mot khubz pour « pain » – sauf en Egypte. S’il vous plaît, ne dites pas « kubz », mais khubz, le « kh » se prononce comme la lettre « jota », en espagnol. C’est pas compliqué, joder (khoder ? Moi, même, je commence à me perdre. Remettons un Aberlour. Allons faire un tour sur la terrasse. Sous mes yeux, le quartier de Sayyeda Zeinab. Pas le genre tranquille de Doqqi. Plutôt un air de Bronx bonhomme. Les vendeurs de gaz, sur leurs charrettes, tapent comme des sourds sur leurs bouteilles. Bruits de cloches enrouées. L’un des milliers des sons du Caire. Mais je m’éloigne).
Le monde arabe entier utilise khubz mais les Egyptiens préfèrent 3aish. Or, 3aish, ça veut dire « vie », aussi, en arabe. 3aish hina : « je vis ici ». 3aish baladi : « Du pain local ». Un mot, deux choses différentes. Pour Amir, ça vient de l’Egyptien ancien, où le même mot était utilisé pour « pain » et « vie ».
Les vapeurs de l’Omar Khayyam s’évaporèrent d’un coup. Tilt, comme dirait un flipper. Je décollai mon regard des jambes de ma voisine pour viser Amir.
–    C’est vrai ? Alors 3aish, hurriya, 3adala igtima3yia, le slogan de la Révolution, ça veut pas simplement dire « Pain, liberté, justice sociale » ? Derrière pain, il y a vie ?
–    Mon dieu, oui, je crois bien. Même si dans ce slogan, c’est bien à « pain » que les Egyptiens font référence, répond ce cher Amir. Lui aussi s’était égaré un instant dans les fuseaux marmoréens de sa voisine. Certainement parce qu’on avait la même voisine.
–    Mais dans le langage même, pain et vie sont liés par le même mot et ça viendrait de l’égyptien ancien ? Une sorte de lien analogique ?
–    Certainement. Mais il n’y a pas que 3aish. Beaucoup de mots du dialecte viennent de l’égyptien ancien.
–    Ah oui ? Lesquels ?
–    Je sais pas… Beaucoup.

Beaucoup ? Amir n’est pas allé plus loin. La conversation glissa sur un autre sujet ; je plongeai dans mes pensées. Que 3aish soit lié à pain et vie, oui, j’avais remarqué – sans jamais vraiment me poser plus de questions que ça. J’avais attribué ça à la tradition agricole du pays.
Mais que la langue arabe ait fait ce lien analogique avec l’égyptien ancien, ça ne laissait pas de m’étonner. Ça faisait des mois que j’essayais de comprendre un traître mot de ce dialecte. Autant j’étais arrivé à m’adapter au syrien assez rapidement, autant l’égyptien me résistait. Je n’avais pas non plus vraiment le temps de m’y mettre. Ou peu la flemme, peut-être. Je le reconnais.
Il fallait m’y prendre autrement. Revenir aux mystères du dialecte. Déconstruire les finesses de l’arabe.
En un mot : enquêter.
Je finis le verre d’Omar Khayyam d’un trait.
Je m’en resservis un autre.
L’enquête pouvait attendre, l’automne était doux et j’avais une autre enquête à mener : connaître la marque des bas qui garnissaient ces jambes de syénite.

Punk’s not dead

Egypt independent – un petit grand journal. Il sortait des infos, racontait des histoires, provoquait volontiers. Un compagnon de la révolution égyptienne, biberonné aux manifs, aux combats, au changement.
Un réservoir de talents, aussi, des fines plumes et des yeux vifs. On peut leur faire confiance, à ces gars-là. L’histoire n’est pas finie. Ce qu’ils ont raconté pendant quatre ans ne s’éteindra pas. J’ai beaucoup pensé à eux quand j’ai écrit « Cherchez la flamme ». On les reverra, ici ou ailleurs.
Lina Attalah, la rédactrice en chef, l’une des meilleures personnes que j’ai pu connaître au Caire, ne dit pas autrement : « We leave you with the hope of coming back soon, stronger and unbeaten, ready to incessantly travel to uncharted territories of storytelling. »

Ciao bello.

PS : « Comme tous mes autres semblables, j’étais un fouineur, un éternel insatisfait et parfois un fauteur de troubles inconscient. Je ne m’arrêtais jamais assez longtemps pour avoir le temps d’y réfléchir, mais mon instinct me semblait juste. Je partageais l’optimisme fantasque qui nous faisait croire que certains d’entre nous allaient de l’avant, que nous avions choisi la bonne voie et que les meilleurs du lot finiraient inévitablement par percer.
Mais comme d’autres j’avais aussi le sombre pressentiment que la vie que nous menions était une cause perdue, que nous étions tous des acteurs qui nous abusions nous-mêmes tout au long d’une absurde odyssée. Et c’était la tension entre ces deux extrêmes, idéalisme tapageur d’une part, hantise de l’échec imminent de l’autre, qui continuait à me pousser en avant. »
Hunter Thomson – Rhum Express.

Un vendredi au Moqattam – la suite

Ok.
Ça va être bête et méchant.

Quand des milices des Frères musulmans attaquent un sit-in pacifique près du palais présidentiel, le 5 décembre 2012, il y a 5 morts, selon le ministère de la Santé.
A ce jour et si je ne me trompe pas, aucun mandat d’arrêt n’a été émis pour des personnes impliquées dans ces événements. Aucune enquête n’a été menée.

Quand les manifestants anti-Frères, le 22 mars 2013, tentent de s’emparer du siège de la confrérie sur la colline du Moqattam, et qu’ils combattent les milices des Frères, il n’y a pas de morts, selon le ministère de la santé.
Ça a été violent, certes – cf. ce compte-rendu, très complet, en anglais –, mais il n’y a pas eu de morts.
Trois jours après, une trentaine de mandats d’arrêt sont émis par le procureur général égyptien (nommé par Mohamed Morsi).
Des mandats d’arrêts contre des activistes, notamment. Pour les plus connus (dont Alaa Abdel-Fattah, par exemple), c’est pas le genre de personnes qui savatent à coups de pierres dans les émeutes.

C’est tout (pour l’instant).

Mise à jour 1 : ce très bon article d’Evan Hill revient sur ce vendredi au Moqattam – en anglais. Il présente très bien la montée de la violence – dans tous les camps.
Mise à jour 2 : Voici la réaction d’Alaa Abdel-Fattah sur son compte Facebook, traduite par mes très modestes soins (donc les corrections sont bienvenues…) :

"J’ai décidé de me rendre à la convocation du procureur général demain à la mi-journée, pour ne pas exposer ma femme, mon fils et ma maison aux pratiques des policiers si ces derniers procèdent à une interpellation.
La convocation en elle-même est une preuve de la corruption et de la partialité du procureur général des Frères musulmans (NDT le procureur Talaat Adallah a été nommé par Mohamed Morsi) et du bureau de la Guidance (NDT l’instance dirigeante de la confrérie).
Je n’ai jamais ignoré les convocations légales, même si la demande provenait d’une institution dont je ne reconnais pas la légitimité. La seule explication du mandat d’arrêt émis – et de sa médiatisation empressée – est la suivante : le procureur général frériste incite la police et les partisans des Frères musulmans à employer la violence à l’égard des accusés.
Je demanderai donc demain que l’enquête soit menée par un juge qui garantisse une certaine neutralité dans le traitement de cette affaire, étant donné que ces accusations sont dirigées contre les opposants politiques de la confrérie – dont est issu le procureur général.
Je ne suis pas effrayé par les geôles d’un Etat tyrannique et je n’échangerai pas mon statut d’homme injustement accusé contre celui d’un fugitif. Je ne donnerai pas aux autorités le prétexte de mon arrestation pour que les adeptes de Morsi et de son Guide suprême assouvissent leur soif de répression avec un mélodrame cheap.
Je laisserai mes camarades révolutionnaires résoudre ce paradoxe : quatre mois ont passé depuis que des plaintes ont été déposées contre les membres des Frères musulmans qui ont torturé des manifestants aux abords du palais présidentiel. Et pourtant, voilà que le procureur s’empresse aujourd’hui de lancer l’enquête sur les événements au Moqattam."

Un vendredi au Moqattam

C’est une guerre de territoires.
Ce jour-là, la colline du Moqattam appartient aux révolutionnaires. Ils veulent manifester devant l’imposant siège des Frères, protégé par un solide dispositif de CRS.
Symbole d’un pouvoir isolé qui, en réponse à la colère, se barricade plus encore.
Les manifestants défilent. Les drapeaux de leurs martyrs flottent au vent comme des oriflammes. Immenses, en noir et blanc, ils se déploient au-dessus de la foule. Ici, les partisans de Khaled Ali au milieu de leur champion, avocat, révolutionnaire convaincu. Là, des manifestants portent en étendard le portrait de Gika, tué dans des affrontements avec la police. En niqab intégral, une vieille femme distribue de l’eau et harangue les jeunes. Les souvenirs des premiers jours de la révolution égyptienne rejaillissent.
Les partisans des Frères grimpent la colline. En nombre faible et en ordre dispersé. Leur sens de l’organisation, légendaire, fait aujourd’hui défaut.
Ils apparaissent sur la seule route qui donne accès au Moqattam. Un col, tout simplement. Les autres accès sont plus difficiles, plus éloignés.

Très vite, avant que les révolutionnaires n’aient le temps de réagir, les Frères s’emparent du col. Ils ont l’avantage de la position dominante.
Mais les révolutionnaires se regroupent. Ils sont plus nombreux, moins organisés. Mais de la fougue à revendre. Des bruits métalliques résonnent : des gamins cognent des pierres contre les réverbères, les compteurs électriques. Ça tinte comme un port de plaisance breton un jour de tempête. C’est l’appel à la baston.

L’affrontement commence.
Pour les révolutionnaires, il faut reprendre le col.
Pour les Frères, il faut tenir le col, attendre les renforts.

C’est un sale combat de rue. Les pierres pleuvent. Les révolutionnaires lancent leurs feux d’artifice contre les Frères. Ces derniers tiennent bon. Ils progressent, même – le chaos aussi. Il devient difficile d’identifier les lignes de front. Toute une haine se vide là, sur ce carrefour. C’est une revanche. Au mois de décembre, des milices des frères avaient attaqué un sit-in pacifique près du palais présidentiel. Les révolutionnaires, désemparés, surpris d’une telle violence, avaient reculé face à la détermination des islamistes.
Pas aujourd’hui. Après un moment de flottement, ils se reprennent, se réorganisent. Ça tinte plus fort que jamais. Des blessés passent, ensanglantés.
Des prisonniers sont faits dans les deux camps. Les Frères attrapés par les révolutionnaires se font tabasser. Un jeune donne un coup de boule à un vieux barbu. Ils sont tous les deux couverts de sang. Nombreux sont armés de bâtons, de battes de base-ball. Une gamine, faux voile Prada et vrai maquillage truelle, donne des coups de fouet avec sa ceinture. Elle est hilare. Il y a beaucoup de femmes dans les rangs des révolutionnaires. Aucune dans les rangs des Frères.
Les révolutionnaires chargent, à plusieurs reprises. Les Frères aussi. Leurs rangs sont maigres. C’est confus, le front semble déborder aux ruelles adjacentes, mais non, il se concentre à nouveau sur le col.
Les charges des Frères se brisent. Les révolutionnaires regagnent du terrain. Des tambours furieux les encouragent.

Les révolutionnaires reprennent le col, enfin.
Le Moqattam est à eux.

Les Frères se dispersent, le calme revient. Les oriflammes vont et viennent dans la foule, comme s’ils étaient animés d’une vie propre. Les voitures recommencent à passer, comme si de rien n’avait été.

La foule se réorganise. Le Moqattam est conquis ; reste le siège des Frères, haut, arrogant comme une dernière tour à abattre.

La marche commence dans la large « Avenue 9 » qui mène au siège. Peut-être cinq mille personnes. C’est joyeux, conquérant. Plus rien à voir avec le sale combat de rue d’avant. Le soleil couchant propose sa lumière extraordinaire. La tempête de sable de la matinée s’est dissipée. Pas de circulation. L’air n’a jamais semblé aussi pur.

Pour aller au siège des Frères, il faut monter une rue perpendiculaire à l’Avenue 9. La rue est bloquée par un solide cordon de policiers. Au fond, on distingue l’immeuble, l’un des rares sièges de la confrérie à ne pas encore être parti en fumée en Egypte. C’est leur redoute, leur bastion, leur Fort Alamo. Le symbole serait terrible pour les islamistes, si les révolutionnaires s’emparent de ce quartier général.

La confrontation revient à ton plus classique. Les bastons flics-manifestants, on connaît. C’est presque rassurant. Les lignes de front sont claires. Les gaz lacrymo dispersent les assauts trop entreprenants. Tiens, d’ailleurs, ils tirent quelques grenades. Ça résonne comme des coups de canon.
J’ai été trop optimiste. Légèrement sur le côté, en train de prendre des notes, je n’avais pas vu la tension monter.
Les yeux fermés, la gorge déjà prise, je cherche le masque dans mon sac. Je le sors difficilement. La foule fuit. Je la laisse passer. J’ai mon masque. Les yeux, la gorge, les poumons, la peau même : tous mes nerfs jouent à « Faisons crisser cette craie sur le tableau ».
La foule se réduit. Parmi les derniers, je distingue deux potes photographes. Casques, masques, hérissés d’objectifs, eux sont équipés de pied en cap. Je les suis tout en ajustant mon masque. Ils sont forts, ces photographes. Pas comme ces beatniks avec leurs carnets – dont je fais partie. J’essaie de visser la cartouche. Sens horaire ou anti-horaire, bon sang ? Comme si j’avais le temps de penser. J’ai l’impression de me noyer dans mon propre masque.
Ça y est, c’est enclenché. Je visse à fond. J’essaie de reprendre ma respiration. Mes poumons protestent, furieux. Je leur envoie un air qui pue le caoutchouc certes, mais pas les gaz. Mes poumons se calment. Je serre les sangles.
Ça va mieux.

Les gaz se dissipent. J’enlève mon masque. J’essaie l’air comme on touche de l’eau froide du bout du pied avant de plonger. C’est bon. Je respire à fond. Je crache à fond.

La nuit tombe. Le bruit court que les Frères se réorganisent, harcèlent les révolutionnaires dans les ruelles.

Il est temps de rentrer.

Deux cent blessés dans les manifs anti-Frères dans tout le pays. Pas de morts ; c’est un miracle.

Capitale du bruit

"Un agronome anglais, Arthur Young, homme positif, spécial, venu ici, chose bizarre, pour étudier l’agriculture, dans un tel moment, s’étonne du silence profond qui règne autour de Paris ; nulle voiture, à peine un homme. La terrible agitation qui concentrait tout au-dedans, faisant du dehors un désert… Il entre, le tumulte l’effraie ; il traverse avec étonnement cette capitale du bruit. On le mène au Palais-Royal, au centre de l’incendie, au point brûlant de la fournaise. Dix mille hommes parlaient à la fois ; aux croisées dix mille lumières ; c’était un jour de victoire pour le peuple, on tirait des feux d’artifice, on faisait des feux de joie… Ébloui, étourdi, devant cette mouvante Babel, il s’en retire à la hâte… Cependant, l’émotion si grande, si vive de ce peuple uni dans une pensée, gagne bientôt le voyageur ; il s’associe peu à peu, sans s’avouer son changement, aux espérances de la liberté ; l’Anglais fait des vœux pour la France !"

In Histoire de la Révolution Française, Michelet, éd. Bouquins, page 128

Verdict du jugement du drame de Port-Saïd

J’essaie de mettre au clair le verdict du jugement du drame du match de Port-Saïd (74 supporters avaient perdu la vie en février 2012). Liste croisée via al-Masry al-Youm arabe (http://portsaid-alyoum.com/index.php?option=com_content&view=article&id=6863:2013-03-09-08-24-51&catid=85:after-matchh-news&Itemid=506) et Ahram (http://gate.ahram.org.eg/News/318665.aspx)

Bilan verdict :

21 condamnations à mort confirmées

2 policiers condamnés (cf. ci-dessous)

La liste n’est pas claire, les acquittés me posent problème. Pour les autres, on est à peu près raccord. Je mettrai à jour au fur et à mesure. Essayé de transcrire les noms au mieux.

Si quelqu’un veut apporter des compléments, je suis preneur : twitter @SamForey

A toutes fins utiles.

Après avoir examiné les différents articles de la loi

La cour a statué

Condamnations à mort premier jugement (26 janvier) confirmées :

  1. Mohamed Refaat Danaf
  2. Mohamed Mohamed Rashad Quta
  3. Mohamed el-Sayed Mostafa dit "Manadelo"
  4. Khalaf Abou Zaid
  5. Mohamed Adel Shehata
  6. Ahmed Fathi Ahmed Ali
  7. Hisham al-Badri Mohamed Mohi al-Din
  8. Mohammed Mahmoud Ahmed al-Baghdadi
  9. Fouad Ahmed Tabi Mohamed
  10. Mohamed Shaaban Mohamed Hassanein
  11. Nasser Samir Ahmed Abdel Mawgod
  12. Hassan Mohamed Hassan al-Magdy
  13. Mohammed Hussein Mahmoud Ali Attia
  14. Ahmad Reza Mohamed Ahmed
  15. Ahmed Mohamed Abdel-Rahman al-Nagdy
  16. Tariq Abdellah Asran Ali (fugitif)
  17. Abdel Azim Gharib Abdu (fugitif)
  18. Mohsen Mohamed Hussein Sharif (fugitif)
  19. Wael Youssef Abdel Qader (fugitif)
  20. Mohamed Dessouki (fugitif)
  21. Mahmoud Ali Abdel-Rahman Saleh (fugitif)

Prison à vie

  1. Mohamed Majdi Badri
  2. Mohamed Daoudi Hijazi
  3. Ahmed Jerahristi
  4. Youssef Chaabane
  5. Mohammed Hosni Khayat

15 ans de prison

  1. Mohammed Hosni Jabr
  2. Ahmed Said Mansy
  3. Mohamed Osman Hassan
  4. Essam ed-Din Samak (chef de la sécurité de Port-Saïd)
  5. Mohamed Mohamed Saad (l’officier qui a fermé les portes du stade devant les supporters de l’équipe cairote al-Ahly)
  6. Tawfiq Sabbahi

10 ans de prison

  1. Ibrahim Montasser
  2. Amr Nasr
  3. Ali Hassan Ibrahim

1 an de prison

  1. Ahmed Mohamed Ragab

15 ans de prison

  1. Ibrahim el-Arabi
  2. Mohamed Hassan
  3. Mohamed Ahmed Hassan
  4. Abdel Rahman Abu Zaid

10 ans de prison

  1. Mohammed Oweida
  2. Tariq el-Arabi Soliman
  3. Karim Abou Talib

5 ans de prison

  1. Ahmed Adel Abou El-Ela
  2. Ahmed Awad Hassanein

Acquittés (dont 4 anonymes)
La liste qui m’a donné le plus de mal. Al-Masry al-Youm n’en donne que 24. Ahram en donne 24 aussi, dont "4 autres". En croisant les listes, ce ne sont pas les mêmes. Voilà ce que j’ai pu établir. Encore une fois, toute aide est bienvenue.

  1. Khaled Sadiq
  2. Muhammad Arif
  3. Ali Hassan Ali
  4. Ahmed Saad
  5. Mahmoud Hamdy
  6. Ahmed Mohamed Hussein
  7. Hassan al-Faqy
  8. Ashraf al-Assouad (Abdallah Ahmed ?)
  9. Rami Mustafa al-Maliki
  10. Mohamed Shaaban (ou Shaalan ?)
  11. Mohamed al-Sayyed Abdel-Baqy (al-Kaabry ?)
  12. Mohamed Hany Sobhi
  13. Mahmoud Sayyed Hasaballah
  14. Mohamed Mozu
  15. Mohamed al-Ahwal (doute, Ashraf Tareq Salim ?)
  16. Ahmed Adel (doute)
  17. Abdel-Aziz Fahmy Hassan Sami (ancien chef des Central security forces zone Canal de Suez)
  18. Mohamed Fathy Ezz el-Din
  19. Kamel Adel (Ali Gad ?)
  20. Mustafa Saleh
  21. Bahi al-Din Nasser (ancien chef de la "Sécurité nationale" de Port-Saïd)
  22. Mohamed Saleh
  23. Hicham Mohamed Salim
  24. Mohsen el-Sayyed (Sheta ?)
  25. Anonyme (Ali el-Tahal ?)
  26. Anonyme (Ahmed Mosaad Hamamsy ?)
  27. Anonyme (Ahmed Abdel Latif ?)
  28. Anonyme (Hassan al-Fiqi ?)

Pigeons volent

Ça se passe quelques minutes avant l’appel à la prière, quelques minutes avant le coucher du soleil. Loin de mon balcon, plein sud, la façade d’un immeuble semble s’embraser. Les rayons du crépuscule ocrent Le Caire, quand le smog s’allège.
C’est à ce moment-là que les pigeons décollent.
Je ne sais pas ce qu’ils se disent. « Les gars, on se dégourdit les ailes » ou « Footing du soir, espoir » ou « Le dernier à décoller est une poule » ?

Ils décollent, tous ensemble et volent autour du pigeonnier/poulailler aménagé à la diable sur le toit d’un immeuble de mon quartier.

C’est un footing (winging ?). A petites volées. En rythme et en ordre, comme un banc de harengs.
Ca dure une dizaine de minutes. Puis ils atterrissent, tous ensemble, sur le toit du pigeonnier.
J’imagine qu’après, ils font leurs étirements.

« Allez les gars, on me déploie ces rémiges ! »

http://www.geo.fr/voyages/vos-voyages-de-reve/egypte-flanerie-rues-le-caire/pigeonnier-cite-des-morts